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D/ Le monument aux morts du Lycée Lyautey (2)

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L'INAUGURATION DU MONUMENT


L'inauguration du « Mémorial du Lycée » a lieu le 22 décembre 1947, dans la cour d'honneur du Grand Lycée Lyautey, en présence de plus de 3000 personnes, dont de nombreuses personnalités civiles et militaires. Parmi lesquelles, le proviseur M. Caillaud, qui a succédé à M. Roby en septembre 1945, M. Thabault, directeur de l'Instruction publique, et le Résident général, le général Juin, successeur de M. Puaux.


Devant une assistance émue et recueillie, les intervenants rendent tour à tour un vibrant hommage aux morts du Lycée, durant plus d'une heure : « M. Lafuente monte le premier à la tribune. Ancien élève du Lycée, lui-même jeune et glorieux combattant, il rappelle en termes émouvants que notre Lycée est parmi ceux qui ont été le plus éprouvés (...) » (journal « La Vigie Marocaine », du 23 décembre 1947).


« M. Jean Marie, directeur du Petit Lycée, lui succède. Lui aussi est un combattant de la dernière guerre. La foule recueillie l'écoute avec attention lorsqu'il narrera brièvement, comme on raconte une histoire de famille, le courage qui animait les anciens élèves du Lycée Lyautey, ses propres élèves. Puis la joie de se retrouver dans les mêmes régiments, souvent à grade égal, qu'éprouvaient élèves et professeurs. La foule très émue, fixe l'orateur qui, en phrases poignantes et simples, raconte à l'occasion d'un pieux pèlerinage qu'il fit dans les cimetières d'Italie, avant le débarquement en France, son émotion, sa stupeur en regardant les croix blanches dont bon nombre portaient les noms d'élèves du Lycée qu'il avait connus tout enfant, dont il avait été le guide et le conseiller. Ils gisaient maintenant (...) » (journal « Le Petit Marocain », du 23 décembre 1947).


Et M. Thabaut de rajouter dans son intervention : « C'est grâce à leur sacrifice (...) que l'on peut regarder fièrement l'avenir. » L'émotion est à son comble, lorsque le général Juin prend à son tour la parole, lui qui a été, durant la campagne d'Italie, le chef de la plupart de ces jeunes gens inscrits dans le marbre du monument : « Morts du Lycée Lyautey, mes chers amis, c'est votre général qui est venu ce soir, conter ses morts et se retremper dans leur exemple (...) ».


Au terme de ces différents discours, une poignante sonnerie « Aux morts » s'élève alors, tandis que les étendards français et chérifiens, qui se trouvent de chaque côté du monument, sont mis en berne. Les drapeaux tricolores recouvrant le « Mémorial du Lycée » sont ensuite retirés lentement. La cérémonie s'achève avec l'allocution de M. Roby, revenu au Maroc pour l'occasion, qui, d'une voix déchirée, fait l'appel des 103 morts au Champ d'honneur. Après cette énumération douloureuse, les élèves du Lycée et le reste de la foule défilent lentement devant le monument abondamment fleuri, en s'inclinant devant lui. Ultime hommage d'une journée dédiée au souvenir des « 103 noms de la liberté » du Lycée Lyautey.



UN LIEU DE MEMOIRE


Après son inauguration, ce monument devient un haut lieu de mémoire et de recueillement pour les membres de la communauté scolaire du Lycée Lyautey, les associations d'anciens élèves et d'anciens combattants. Chaque année, les cérémonies commémorant l'Armistice du 11 novembre 1918 et la Victoire du 8 mai 1945 sont l'occasion d'importants rassemblements et de dépôts de gerbes, au pied du monument.


La lecture rituelle des 103 noms est un moment particulièrement intense en émotion et en souvenirs. Tant de patronymes familiers, de visages connus, d'instants partagés sur les bancs du Lycée. Tous disparus... Mais tous encore présents dans les mémoires, dans les coeurs... Et à jamais dans le marbre du « Mémorial Lyautey ».



LE TRANSFERT DU MONUMENT DANS LE LYCEE ACTUEL


En juillet 1959, débutent les travaux de construction du nouveau Lycée Lyautey, situé boulevard Ziraoui, qui est inauguré en 1963. Lors de son transfert dans cette nouvelle enceinte, le monument aux morts subit des transformations : seules son imposante plaque de marbre et l'effigie en bronze de Pierre Simonet sont récupérées. Le médaillon en bronze est séparé de sa stèle et fixé sur la plaque de marbre, elle-même disposée contre le mur du hall d'entrée principale, comme nous pouvons les observer aujourd'hui.


Si le mur de maçonnerie, qui constituait le monument originel, a été détruit par la suite, la stèle de granit est restée, quant à elle, en place ; dans un espace qui ne dépend plus d'ailleurs du Lycée Mohammed V. Son environnement a bien changé, l'ancienne cour d'honneur est devenue un endroit laissé à l'abandon, envahi par les hautes herbes. La stèle, en partie dissimulée par une petite construction faisant office de débarras, porte toujours les traces du médaillon de bronze et le nom gravé de Pierre Simonet... Tel un défi au temps et à l'oubli !



LA SIGNIFICATION DU MONUMENT AUJOURD'HUI


De nos jours, les noms des 103 professeurs et élèves n'évoquent plus, aux membres de la communauté scolaire du Lycée Lyautey, un camarade de classe, un professeur connu, un parent, un ami... Les témoins de leur engagement, de leur enthousiasme, de leur bravoure et de leurs souffrances, se font un peu plus rares chaque année. Dès lors, la liste de ces 103 noms n'a plus la même charge émotionnelle, ni la même puissance évocatrice.


Néanmoins, le « Mémorial du Lycée » reste le témoignage d'une mémoire encore vive. Certes, il n'est plus à l'honneur le 11 novembre, mais il demeure le théâtre de l'une des deux cérémonies du 8 mai, organisées à Casablanca. Devant lui, chaque année, des personnes se souviennent, des individus se recueillent, d'autres réfléchissent à cette violence et à cette folie qui semblent inhérentes aux hommes, comme nous le rappelle sans cesse l'actualité... De différentes générations, de diverses nationalités et croyances, tous communient dans un même hommage aux victimes de la guerre et à ceux, qui donnèrent leur vie en accomplissant leur devoir entre 1939 et 1945.


Rares finalement, sont les établissements scolaires qui possèdent leur propre monument aux morts. Cette particularité, liée au « Mémorial du Lycée », en accentue son intérêt et sa symbolique. En effet, il offre toujours une précieuse leçon d'histoire et de civisme aux nombreux élèves, qui fréquentent l'établissement. Le passé devant éclairer l'avenir, il est là aussi pour les inciter à s'unir et à fraterniser davantage. Enfin, les 103 noms, gravés dans le marbre du monument, constituent une invitation quotidienne au souvenir et rappellent à ces jeunes générations le prix de la liberté, principe fondamental, qui dépasse les frontières et transcende les différences : « Les morts ont fait leur devoir, tout leur devoir, aux vivants de défendre avec leur mémoire la liberté qu'ils nous ont reconquise (...) » (journal « La Vigie Marocaine », du 23 décembre 1947).



Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:42
Dernière modification : 09/02/2007 @ 15:52
Catégorie : 2-Des lieux de mémoire
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