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 1-Le Maroc aux côtés de la France dans la Grande Guerre
 2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945)
 3-Débarquement américain et vie quotidienne
(1939-1945)

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1-Commandant Gustave George, officier au 1er régiment de marche de tirailleurs marocains, 1914-1915 (travail du Club d'Histoire du Lycée Lyautey, animé par Odile NAIM)


2-Paul Brandenburg, un Français du Maroc engagé dans le 12e Cuirassiers de la 2e DB, 1944-1945

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- Liens Frères d'armes marocains et français dans les deux guerres mondiales - Mémoire partagée


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Commandant Gustave George, officier au 1er régiment de marche de tirailleurs marocains, 1914-1915 (travail du Club d'Histoire du Lycée Lyautey, animé par Odile NAIM)

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CLUB D’HISTOIRE, LYCEE LYAUTEY 2006/2007


 


 Meryem BACHOUCHI (3e03), Kenza BANINE (3e02), Zineb BENNANI (3e 06), Sofia EL KHYARI (3e04), quatre élèves du Club d’Histoire, guidées par Odile NAÏM, professeur d’Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1985-   ), ont patiemment  et passionnément décrypté l’écriture à l’encre palie de quelques pages des trois carnets que le commandant Gustave George a rédigé pendant la Première Guerre mondiale jusqu’à sa mort le 16 mars 1915.


Ces pages vous permettent de découvrir Casablanca au début de la Grande Guerre,  les combats auquel le régiment de tirailleurs marocains a participé, la façon dont il est perçu par ses chefs et la population française, sans oublier la découverte de la personnalité de leur auteur…. 


 


    


Gustave George est né le 26 septembre 1868 à Colroy-la-grande, petit village des Vosges  qui, trois ans après, par le traité de Francfort en 1871, se trouve à la limite de l’empire allemand.


En 1886, il s’engage dans l’armée et, après être sorti de l’école militaire d’infanterie avec le grade de sous-lieutenant, gravit peu à peu les échelons de la hiérarchie. En 1905, il est nommé capitaine d’une compagnie de tirailleurs, puis en novembre 1914, chef de bataillon au régiment de tirailleurs marocains qui combat dans la région de l’Aisne.     


Au commencement de la guerre, le capitaine Gustave George, qui est en garnison depuis  l'année précédente dans le Sud-Est du Maroc, à Bou Denib où il commande des tirailleurs algériens, reçoit l'ordre en septembre 1914 de gagner Casablanca. Il rejoint Oran en chemin de fer depuis Colomb-Béchar et s'embarque à destination de Casablanca.


Il consigne depuis 1908 les faits marquants de sa vie militaire dans des carnets.  


 


11 Septembre 1914  


Arrivé à Casablanca vers 13h30. Les opérations de débarquement sont assez longues. Le port embarque un bataillon de Sénégalais à destination de France.


Démarches nécessaires à la place aux étapes, etc. Le colonel Targe qui commande la subdivision nous met en route demain pour Rabat.


Casablanca a pris un développement considérable depuis que je l'ai quitté, des quartiers entiers ont surgi de terre*. La vie y est devenue par contre excessivement onéreuse. Des territoriaux encombrent toutes les rues.


Animation intense. Je rencontre plusieurs personnes de connaissance.


 


* En effet, la population de Casablanca qui s'élevait en 1907 à 30 000 personnes (24 000 musulmans, 5000 israélites et 1000 européens), est passée fin 1912 à 46 000 dont 25 000 musulmans, 9000 israélites et 1200 européens. Des constructions se sont élevées en dehors de l'enceinte de la médina. D'après J-L Cohen et M Eleb, Casablanca, mythes et figures d’une aventure urbaine, édit Hazan, Belvesi 1998;  J-L Pierre, Casablanca et la France – Mémoires croisées, Edif éditions 2002.  


 


12 Septembre 


Départ de Casablanca par le train militaire à 7h20 qui nous dépose à Rabat à15h après une halte de 50 minutes à Bou-Znika pour déjeuner.*


Course à la place, à la résidence où le Général Lyautey ne peut nous recevoir mais nous fait dire de revenir demain.


Par le colonel Gueydon, chef d'état-major, que je retrouve avec plaisir, et par Delmas, chef du cabinet militaire, nous savons qu'on nous emploiera soit aux troupes marocaines, soit aux bataillons territoriaux pour seconder, sinon remplacer, les chefs de bataillon un peu fatigués. Cette hypothèse ne me sourit pas beaucoup.*


 


* L'armée a installé un chemin de fer Decauville à voie étroite entre Casablanca et Rabat. .J-L Cohen, M Eleb, opus cité.


 


* Dans ce dernier cas, G George resterait au Maroc car les régiments de territoriaux y remplacent les troupes d'active parties se battre sur le front. 


 


13 Septembre 


Nous avons été reçus ce matin par le général Lyautey qui nous a affectés de la façon suivante : Georger et moi sommes mis à la disposition du colonel Jouinot-Gambetta pour l'encadrement des troupes marocaines que l'on va former; Macouillard ira dans un bataillon de territoriale.


Je déjeune ce matin avec le colonel Gueydon et Delmas.


Nouvelles excellentes de la guerre que le résident est venu en personne apporter en ville. Nos troupes reprennent l'offensive sur toute la ligne. 


 


14 Septembre 


Vu le colonel Jouinot-Gambetta qui nous assure être à même d'envoyer en France avant peu un nouveau bataillon de Marocains. Il doit me donner le commandement d'une compagnie. J'attends. […] 


 


15 Septembre 


Un ordre du colonel Jouinot m'affecte au commandement de la 22ème compagnie de nouvelle formation ; je me dispose à aller retrouver cette unité à Salé lorsque je rencontre le lieutenant qui la commande: Magaud, un ancien adjudant qui me déclare qu'il ne peut pas supporter pareille chose, qu'on lui a promis qu'il conduirait la compagnie au feu, que sais-je ? Qu'il démissionnera plutôt que d'accepter la décision. Je lui conseille d'aller voir le colonel, ce qu'il fait, et le plus triste de l'affaire c'est qu'on lui donne raison. Il conserve le commandement de la compagnie. Pour combien de temps ? C'est ce que nous verrons. Que deviennent dans tout ceci le principe de la hiérarchie et des grades. Mais il paraît qu'aux troupes marocaines c'est le régime des officiers provenant des adjudants qui prime tout.  


 


16 Septembre 


Le ministre n'a pas encore donné l'autorisation de procéder à la formation du nouveau bataillon marocain, par contre, il demande qu'on lui envoie 500 hommes au dépôt d'Arles. On ne lui enverra que 100 hommes en attendant mieux.


Je continue à ne rien faire.


Une grande bataille se livre depuis plusieurs jours sur la Marne*, sur tout le front, nos troupes progressent  lentement, refoulant devant elles l'armée ennemie qui a repassé la Marne.


Saint Dié  a était évacué par les Allemands. Tout va bien. Tenons bon et nous viendrons à bout des Barbares !  […]


 


* La bataille de la Marne a eu lieu du 6 au 9 septembre 1914, les renseignements dont dispose G. George sont donc un peu anciens. 


 


18 Septembre 


         Situation inchangée en ce qui me concerne.


Cependant il pourrait se produire du nouveau avant peu. Le ministre a demandé en vue des prochaines nominations, parait il, les noms des officiers présents au Maroc et figurant actuellement au tableau.


Un officier d'état-major de la résidence est venu me trouver pour me demander si j'étais dans ce cas. Rien donc d'extraordinaire à ce que l'un de ces jours, je me réveille chef de bataillon et désigné pour la France. Cette dernière alternative surtout me ferait plaisir.


En France, la bataille continue. […] 


 


1er Octobre 


En arrivant au bureau ce matin pour  prendre mon commandement, le colonel me fait demander au téléphone pour m'annoncer que tous les ordres antérieurs sont rapportés. Sur la demande du ministre, un détachement de renfort de 400 hommes va partir pour Arles, il s'embarquera à Casablanca le 7 octobre et j'en aurai le commandement.


Je fais des ailes de pigeon. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer. L'heure arrive toujours.


 


 


2 Octobre 


Je m'occupe activement de la constitution de mon détachement, mais il me sera impossible de réunir plus de 300 hommes et dans ce nombre, il faut comprendre 50 engagés de 4 ou 5 jours de services. Tant pis!


Les nouvelles que l'on nous donne sur la bataille de l'Aisne sont toujours bonnes. L'action se poursuit de plus en plus sur notre aile gauche où nous progressons constamment.


Petit à petit, on a des renseignements sur l'engagement des troupes marocaines. Les pertes ont été énormes il ne resterait plus que 1500 hommes sur les 5000 envoyés en France*. C'est pourquoi le ministre écrit que les besoins du dépôt d'Arles s'élèvent déjà à 3500 hommes.


 


* Le général Lyautey a envoyé en France dès le mois d'août 1914 des "chasseurs indigènes" qui ont participé à la bataille de la Marne.  J- P Riéra, Ch Touron, Ana! Frères d'armes, 2006


 


 


3 Octobre 


Continuation de la préparation du détachement qui sera porté à 400 hommes par l'incorporation d'anciens tabors pris dans les prisons de Fez, Rabat et Salé et condamnés à la suite des émeutes de Fez en 1912*. Ce sont de solides gaillards qui feront leur devoir m'assure-t-on. Ils s'engagent pour la durée de la guerre et remise leur sera faite après de leur peine.


Le lieutenant Magaud désigné pour encadrer le détachement demande à ne pas partir; il est remplacé par le lieutenant Stéphani. J'aime mieux cela. Mais que penser de la conduite du lieutenant Magaud ? […]


 


* Emeutes qui ont suivi la signature du traité de protectorat à Fès en mars 1912.


 


 


5 Octobre 


 Nous poursuivions hâtivement nos préparatifs de départ. Je profite des quelques jours de répit qu'on nous a laissé pour exercer nos prisonniers au maniement du fusil 1886 qu'ils n'ont jamais eu entre les mains. Je leur ferai exécuter un tir avec cette arme.


La bataille continue sans grands changements. 


 


6 Octobre 


         J'ai enfin reçu l'ordre d'embarquement officiel pour le neuf octobre sur le vapeur Mingrélie à destination de Marseille.


Après six jours de combat les Russes viennent de remporter une grande victoire sur les Allemands qui viennent d'être repoussés en Prusse orientale en laissant de nombreux morts et  prisonniers. […] 


 


9 Octobre 


         Ce que je redoutais est arrivé. Pas plus de Mingrélie qu' hier. Et pourtant l'escadron de spahis a été embarqué entre deux heures et demie et cinq heures. Hommes et chevaux sont restés en mer dans les barcasses jusqu'à une heure de l'après-midi. A ce moment, comme l'on était toujours sans nouvelles de la Mingrélie, on a donné  l'ordre de débarquer.


Ce qu'il y a de certain c'est que nous ne partirons plus aujourd'hui.


Situation à peu près toujours la même. Notre front s'étend des plus en plus vers l'Ouest. […] 


 


11 Octobre 


         L'embarquement se fait dans des conditions assez pénibles. La barre, qui n'existait pour ainsi dire pas ces jours derniers, est très forte depuis hier. Beaucoup d'hommes ont le mal de mer avant d'arriver à bord. Personnellement, je résiste très gaillardement. Le commandant Matéi m'installe dans la cabine de luxe en ma qualité de commandant d'armes à bord. La Mingrélie prend la mer à dix heures trente.


Beaucoup de houle dans l'océan. Je préfère ne pas manger, cependant je prends place à table pour le repas du soir.


Nuit très calme. Dans le détroit, Nous sommes arrêtés par un torpilleur de Gibraltar (anglais) qui s'assure de notre identité. […] 


                              


16 Octobre - de Marseille à Arles 


Grâce au débrouillage de mon camarade Vidalin, des spahis qui a trouvé moyen de ne pas faire transporter à temps ses bagages, notre train, qui devait partir à 8h45, a été différé d'une heure, de sorte que nous ne sommes arrivés en gare d'Arles qu'à midi 32.


En mettant le nez à la portière,  j'ai eu la joie d'apercevoir sur le quai ma femme et ma fille qui m'attendaient. Elles sont ici depuis deux jours.


Le débarquement est vite fait et nos hommes sont installés dans une usine assez éloignée de la ville de l'autre côté du faubourg de Trinquetaille.


Le mauvais temps continue.


Au petit dépôt, se trouvent déjà plus de 600 de nos hommes, pour la plupart blessés guéris prêts à repartir sur le front. On n'attend que l'arrivée de fusils pour mettre en route un détachement. Le nôtre suivra de près. 


 


17 Octobre 


         Installation de nos hommes. Courses. Revues. Préparation au départ qui ne saurait tarder : 750 fusils sont là. Il est probable que nous partirons jeudi prochain. Un 1er détachement de 250 hommes quitte Arles le 19.


Entre-temps, nous visitons Arles, ville très intéressante pour ses vestiges romains.


Continuation du mauvais temps. Une grande bataille est engagée à notre aile gauche où jusqu'ici les avantages restent à nos troupes.


Malgré la fréquentation de camarades revenus des champs de bataille, je ne suis pas encore parvenu jusqu'ici à me persuader que nous étions en état de guerre. Je me figure que je vais partir pour une période de manœuvres.


L'opinion publique en France est très chauvine, mais d'un chauvinisme froid, raisonné.


Bon espoir pour bientôt.


18 Octobre 


Le dépôt va expédier demain un premier renfort de 210 hommes provenant en partie de blessés rétablis. Notre détachement sera probablement mis en route jeudi prochain 22.


Le mauvais temps continue. 


 


19 Octobre 


         Notre détachement, porté à 500 hommes, et réparti pour la route en deux compagnies,  s'organise sous les ordres du commandant Portman auquel je suis adjoint. Les lieutenants Stéfani et Graux prennent le commandement des deux compagnies.


Nouvelles du front: toujours excellentes. On se bat avec acharnement dans la région du nord et en Belgique. Accalmie au centre. Vers Saint Dié nous repoussons victorieusement l'ennemi.


Courses nombreuses dans Arles pour arriver à m'équiper tant bien que mal. Impossible de trouver du drap kaki.*


 


* Jusque là, le capitaine George porte l'uniforme des officiers en Afrique : veste bleu ciel dont les manches sont ornées de galons en forme de nœud hongrois et pantalon rouge à bandes bleues. 


 


20 Octobre 


         Continuation des préparatifs de départ. Notre détachement à l'effectif de 500 hommes sera probablement mis en route le 22 Octobre. Le détachement  sera placé sous le commandement du commandant Portman blessé légèrement. 


 


21 Octobre 


         Notre départ est définitivement fixé à demain 22 dans l'après-midi. 


 


22 Octobre 


          Le détachement comprenant le commandant Portman, les lieutenants Graux, Stéfani et moi quitte Arles par train spécial à 4h (16h).


La pluie s'est remise  de la partie.


Ma famille quitte Arles par le même train que nous. Elle s'arrêtera à Saint Rambert.


Halte repas vers 7h30.


A Lyon, on nous aiguille sur la route du Bourbonnais par Paray-le- Monial. 


 


23 Octobre 


Arrêt de quatre minutes à Silly-sur-Loire  vers 9h du matin. On sert un café chaud aux hommes. Notre train a pris en cours de route, la nuit dernière, d'autres détachements (du 99ème de Vienne, artilleurs chasseurs à pied)             


Nous traversons Moulins, Nevers, Cosne, Gien, Montargis sans grands arrêts. A Morêt, arrêt d'une heure de 20h à 21h pour dîner. Et en route pour Villeneuve- Saint Georges, pour Le Bourget.


Les nouvelles du front sont toujours bonnes. On se bat entre la mer du Nord-Lille, entre l'Oise et  l'Aisne.


De nombreux trains se dirigent vers le Bourget. […]


  


Le détachement de renforts de tirailleurs arrive dans la région de Soissons où le régiment, sous la direction du commandant Poeymirau a été engagé à Crouy. 


 


26 Octobre - Couvrelles 


Nous sommes réveillés par le canon mais nous n'avons pas à bouger. Aux tranchées, au moment où le régiment venait à peine d'y arriver, un lieutenant (Blanchet) a été tué, cinq hommes blessés.


A midi, nous montons à cheval pour nous rendre à Sainte Marguerite* où se trouve le commandant Poeymirau qui commande le régiment de marche et l'entretenir du sujet de la nouvelle création du 3ème bataillon.


Les propositions sont les suivantes: il laisse aux deux capitaines qui commandent actuellement les 1er et 2ème bataillons leur commandement; ces officiers sont plus jeunes que moi cependant qui figure au tableau d'avancement. Le commandant Portman prendra le bataillon que l'on forme et je serai son adjudant- major. Nous verrons si l'autorité supérieure partagera cette façon de voir. Personnellement, je suivrai mon sort, ça  m'a toujours réussi, mais je ne puis cependant m'empêcher de trouver la chose parfaitement, mettons, illogique. J'ajoute que Poeymirau s'est montré fort aimable pour moi.


Comme nous arrivions à Venizel, les obus lourds allemands tombaient drus sur la crête qui domine Sainte Marguerite. Le village de Bucy, sur la rive droite de l'Aisne a pas mal souffert  au début de l'action dans la région. Les nouvelles sur la situation générale, que rapporte un officier venant de Soissons, sont bonnes. Ça marcherait bien dans le Nord. En Argonne, un régiment allemand aurait été complètement  anéanti. Sur la frontière orientale, les Russes remportent de brillants succès.


L'empereur est signalé à Mézières. […]


 


* Ste Marguerite : village à l'Est de Soissons, au Nord de l'Aisne. 


 


1er Novembre - Couvrelles 


         Mauvaise nouvelle au réveil. Cette nuit, comme le 55ème chasseurs arrivait à Chassemy, officiers en tête, un obus de 77 allemand est tombé dans le village tuant le commandant du bataillon, le capitaine Jaugey ainsi que le capitaine Diminitrion* en blessant plusieurs autres officiers. Les corps ont été ramenés au château où ils reposent au salon du château. C'est là que je viens de les saluer et de contempler les premières horreurs de guerre.


14h. Les obsèques de mes malheureux camarades viennent d'avoir lieu. Au cours de la cérémonie, un taube* est venu planer au-dessus du village.


La mission du 55, la nuit dernière, consistait à aller faire sauter à l'aide d'une compagnie du génie, le pont de Vailly (pont de bateaux établi par les Anglais). L'opération a raté.


Très belle journée, le soleil que nous n'avions pas encore vu depuis notre arrivée en France a brillé dès le matin. Peu de canonnade. Calme sur toute la ligne.  […] 


 


* patronyme difficilement lisible et qui n'a pu être vérifié.


* avion allemand


  


         G. George commande maintenant le 1er bataillon du régiment de tirailleurs marocains qui vient de participer à une attaque dans les tranchées de 1ère ligne à Missy, au Nord de l'Aisne. 


 


14 Janvier 1915, minuit – Missy 


         Je venais d'apprendre vers 21h30 que les bruits, répandus sur le sort du 3ème bataillon et du colonel* étaient faux, lorsque ce dernier rentré à Jury m'appela au téléphone. Il me rassura en quelques mots, mais la situation n'en restait pas moins  critique. Sa contre-attaque commencée le matin du 13 avril avait eu plein succès au début : les Marocains s'étaient lancés dans les tranchées allemandes avec beaucoup d'entrain, mais peu après, plaqué sur sa droite par des alpins de réserve*, il avait fallu se replier au prix de grosses pertes et ce n'est qu'à grande peine que son détachement avait pu éviter un encerclement complet.


Toujours la même chose. On y va à plein collier et puis au moment critique, on est lâché par les nôtres. C'est absolument dégoûtant. Il y a là de quoi démoraliser nos Marocains qui y vont carrément.


Le colonel m'avise officieusement, que toutes les troupes évacueront la rive droite de l'Aisne avant le jour pour que je prenne mes dispositions en conséquence.


L'heure du départ n'est pas encore fixée. Immédiatement, je donne l'ordre de distribuer les cartouches de réserve, de rassembler le matériel qu'il est possible d'emporter, de détruire tout ce que nous sommes obliger d'abandonner par suite de manque de moyens de transport. 20.000 cartouches pour mitrailleuses sont noyées dans les tranchées boueuses. Tous les papiers, dossiers du secteur sont brûlés séance tenante et quand à 3h15, je reçois l'ordre d'évacuer Missy à 5h30, il ne restait plus rien qui pût servir à l'ennemi.


A l'heure dite, tout mon monde se retirait sans bruit des tranchées et prenait la direction de la passerelle de la Biza. Auparavant, j'avais fortement invité les quelques habitants qui se trouvaient encore à Missy de fuir leur malheureux village. Les pauvres gens eurent vite fait de boucler leur mince paquet qu'il leur fallut emporter sur leur dos jusqu'a Vénizel et au-delà. Pitoyable ce départ des derniers habitants : peu d'hommes valides, quelques vieilles femmes, un pauvre paralytique que 4 sapeurs du génie* se chargèrent de transporter jusqu'à Ste Marguerite. Comme nous gagnions la Biza par la voie du petit chemin de fer, nous eûmes vite fait de rattraper les traînards qui commençaient à s'échelonner le long de la route. En certains endroits, c'était un véritable cloaque; de pauvres vieilles tombaient dans la boue à chaque pas en poussant des gémissements que nous nous efforcions de faire taire pour ne pas éveiller l'attention des Boches.* Triste, triste, et chose qui ne m'a pas surpris, les hommes avaient pris bravement les devants sans s'occuper leurs compagnes.


Tant bien que mal, plutôt mal que bien, nous parvînmes à atteindre le pont de la Biza non sans avoir pataugé dans l'eau et dans la boue.


Aucun encombrement, les unes après les autres, les compagnies opérèrent leur mouvement dans le plus grand ordre et en silence et au petit jour, il ne restait plus personne sur la rive droite. 


Notre retraite s'était effectuée sans être inquiétée le moins du monde et à la barbe des Boches qui ne s'en aperçurent que beaucoup plus tard. Aucun coup de canon, aucun coup de fusil ne fut dirigé sur nous. Il eut même des scènes amusantes, comme celle de ces deux hommes de la 2ème compagnie laissés par mégarde dans les tranchées jusqu'au grand jour et qui assistèrent, dirent-ils, à l'arrivée des Allemands. Invités à se rendre, de loin, ils prirent leurs jambes à leur cou et sous un feu violent parvinrent à passer l'Aisne à la nage sans être touchés.


J'avais donné à mes compagnies l'ordre de se rendre isolément à Couvrelles où nous devions cantonner. Tout le bataillon était rassemblé en ce point à 9h45. Nos pertes dans la journée du 13 s'élevaient à trois tués de la 2ème compagnie ?? 18 blessés de la 1ère compagnie qui avait contre-attaqué à Ste Marguerite et 2 à la 4ème  compagnie.  […]


 


* Le colonel Poeymirau commandant le régiment de "chasseurs indigènes", devenu régiment de tirailleurs marocains.


* alpins : chasseurs alpins


* soldats spécialisés dans la pose ou le désamorçage  de mines.


* Le vocabulaire  que le capitaine George utilise pour désigner les Allemands change, comme dans les journaux également. 


 


15 Janvier 


         Hier au soir à 9h, me trouvant dans mon premier sommeil, l'adjudant vient me communiquer une note du colonel m'avisant que le bataillon devait se porter avant le jour à Violaine. En deux temps, je boucle mes cantines avant de reprendre mon sommeil.


Vers minuit, nouvelle note. C'est un contre-ordre, le bataillon restera à Couvrelles. Mais à 16h45, je reçois l'ordre de me reporter à l'avant dès la tombée du jour. Nous devons aller réoccuper le secteur de Ciry. On dîne rapidement, et à 6h, en route.


Je retrouve Rogerie qui me donne quelques précisions sur les affaires des jours précédents : les pertes du régiment, du troisième bataillon surtout, ont été énormes. Depuis le 8 janvier, ce bataillon a perdu 10 officiers tant blessés que tués et tout près de 500 hommes; le 2ème bataillon a également beaucoup souffert: au nombre des officiers tués, il faut citer les capitaines Graux, de Lesquen, les lieutenants Lejeune, Bertand, Simon, Villedon. Au régiment, mon bataillon est le seul qui se tient encore.


Pauvres Marocains, ce coin de Crouy aura été leur tombeau.


Mes braves postiers n'ont pas voulu me laisser loger ailleurs que chez eux: le colonel de Ruscus du 10ème Hussard ayant pris ma chambre ils m'ont cédé la leur et sont allés s'installer sur un matelas dans le bureau.


Ils ont eu une joie à me voir revenir, ils me croyaient déjà disparu dans les tourments du plateau de Vregny.      


 


Les tirailleurs marocains qui ont combattu sans arrêt depuis leur arrivée en France, pour certains, en août 1914, sont envoyés au repos pour quelques semaines un peu en arrière du front. 


 


27 Janvier – Villers-Hélon 


         Pour la revue que doit nous passer le Général Pellé, le régiment est rassemblé par mes soins à 9 heures sur le plateau entre Villers et Blanzy. Il fait un froid de loup pour nous autres Marocains. Le général n'arrive guère qu'à 10h sur le terrain, il est accompagné du général Klein. La revue se passa fort bien, le général est heureux de retrouver ses vieux Marocains. Il procède à la remise de décorations: croix de la légion d'honneur au capitaine Rogerie, médaille militaire au caporal Mercié, l'ex-joyeux*, le directeur de la "Vigie Marocaine"* qui s'est montré très brave au début de la compagnie et à 4 tirailleurs de la 3ème compagnie du bataillon. Au moment du défilé est arrivé le nouveau commandement du 5ème G.D.R,* le général de Grandmaison.


A l'issue de la cérémonie militaire, déjeuner à la popote du colonel. Y assistaient le général Pellé, le capitaine Rogerie et moi. J'ai eu l'honneur d'être placé à la droite du général qui est un homme très aimable et tout à fait charmant. […]


 


*Surnom des soldats des bataillons d’Afrique.                                                             


* Quotidien français publié à Casablanca à partir du 24 novembre 1908.


* Groupe de divisions de réserve. 


 


2 février – Villers-Hélon 


         Journée pluvieuse et maussade. Force est, par ce mauvais temps, de rester auprès de son feu. J'avoue cependant que cette situation est préférable à un séjour aux tranchées. Mais pour qui aime et recherche l'activité, le mouvement, les heures paraissent longues. L'acte de présence que je fais chaque matin au bureau du colonel au moment du rapport n'est pas une occupation suffisante. Ma promenade à cheval dans l'après -midi s'impose.


Notre repos se prolonge à Villers-Hélon; tout à l'heure nous allons être considérés comme citoyens de ce village. Tout s'y passa très bien. Sans la moindre histoire avec nos Marocains.


Les habitants qui, au début, avaient une terreur salutaire de nos hommes parce qu'ils ne les connaissaient pas, sont enchantés de leur présence, beaucoup même en abusent en faisant payer des prix exorbitants les objets et denrées qu'ils leur vendent. C'est ainsi que le sucre par exemple qui se paie 0,90 francs le kilo est acheté par les Marocains un prix de 2 francs. Une bougie se vend couramment de 0,60 francs à 0,75 francs, une bouteille de mousseux de 6 à 10 francs suivant la marque et le tout à l'avenant. On n'a pas de poulet à moins de 6,50 francs, 7 francs. Nos braves gens qui ont de l'argent se laissent faire sans rien dire parfois. Il faut un hasard pour être au courant de ces choses là.


Je vais dès demain provoquer des ordres du colonel pour mettre fin à pareil abus. Il y a vraiment des gens qui ne valent pas cher; les mêmes personnes en présence des Allemands se feraient petites et leur donneraient leurs marchandises gratis, trop heureuses de s'en tirer à aussi bon compte. Mais le Français, le Marocain, quelle bonne vache à lait ! C'est vraiment honteux!


Le brave Bordenave vient de réorganiser une nouba* dans sa compagnie, les autres compagnies vont suivre dès qu'elles auront reçu les instruments nécessaires. En attendant, il y a foule à la répétition qui a lieu chaque soir dans la cour de la ferme où cantonne la compagnie. Les Indigènes* sont un peu sidérés mais ils n'en trouvent pas moins les airs de la nouba très jolis.


 


* fanfare militaire.


* Ici les autochtones français.


 


8 Février - Villers-Hélon 


         Journée banale et monotone. Décidément, on se lasse encore plus vite du désoeuvrement que du service aux tranchées. La période de repos a assez duré. Les hommes commencent à faire des bêtises, les sous-officiers suivent. Oh! Rien de bien grave. Mais il ne faudrait pas s'amollir davantage dans des cantonnements où  l'on peut se procurer trop facilement  du vin et de l'alcool.


Le colonel a fait ce matin le relevé des pertes subies par les Marocains depuis le début des hostilités jusqu'au 31 décembre. Elles s'élèvent en chiffres ronds, tant en tués, blessés ou disparus, à 2300 hommes. L'effectif au départ ayant été de 4500 hommes environ, le pourcent est assez joli.


Promenade journalière, itinéraire: St Rémy-Blanzy, Hartennes, Tigny, Vierzy, château de Vauxcastille, Villers. [...] 


 


11 février - Villers-Hélon 


Le régiment a été passé en revue dans l'après-midi par le général Joffre sur la route de Villers à Blanzy à l'emplacement  où le général  Pellé avait déjà vu les Marocains. Le généralissime, accompagné du général  Maunoury, commandant la 6ème armée, du général Delarue commandant la 48ème division, est arrivé en automobile. Il a remis immédiatement les décorations suivantes: au lieutenant-colonel Poeymirau commandant le régiment, la rosette d'officier de la légion d'honneur; au capitaine de Segonzac, la croix de chevalier.


Le bataillon* à été très favorisé, trois croix : au capitaine Bayard, au lieutenant Tribous, au khalifa* Bou-Allam; la médaille militaire à l'adjudant Pinelli, au tirailleur Kaddour. Tous ces militaires avaient été proposés hier sur ma demande.


En dehors du bataillon, deux médailles militaires ont été accordées aux deux autres bataillons.


Après la revue, le général Joffre a fait venir à lui les officiers montés et se les ai faits présenter. Il a dit ensuite au colonel à peu près ceci: "Vous avez un beau régiment qui a bien marché jusqu'ici. Vous êtes prêt à remarcher, n'est-ce pas, quand il le faudra? C'est pour la France!"


Ces simples paroles, prononcées par notre généralissime, tout simplement, sans fanfaronnade ont produit grand effet.


- "Oui mon général, pour la France et pour vous, nous sommes prêts à aller de l'avant!"


Pendant la revue, un avion a survolé très bas et à différentes reprises le régiment.


Le défilé terminé, défilé qui a été très bien, paraît-il, le général est remonté en auto avec sa suite et s'est dirigé sur Hartennes où  il devait voir d'autres troupes.


Avant de rentrer dans les cantonnements, le lieutenant-colonel a procédé à la remise des médailles du mérite militaire chérifien accordées dernièrement. Le bataillon a encore eu sa bonne part des récompenses: une seule compagnie, la 3ème en a reçu 13 pour son compte.


Pour terminer la fête, nous avons bu une coupe de champagne à la mairie de Villers en l'honneur de la décoration du colonel. Tous les officiers, adjudants et sergents-majors du régiment y avaient été conviés. […]


 


* le bataillon : celui que commande G. George, le 1er.


* représentant,. Officier dans l'armée ottomane.


 


19 Février - Unchair 


         Le régiment quitte ses cantonnements pour se rendre à Unchair. Hourges, Vandeuil, le premier bataillon occupe Unchair.


Départ à 8h, nous défilons à Jonchery devant le général Franchet d'Espérey commandant la Ve armée.


Comme partout dans la région, le bataillon est très bien reçu par les habitants.


Le secteur postal 49 s'est enfin décidé à nous faire parvenir notre courrier.


Personnellement, je reçois de nombreuses lettres de dates assez récentes. Il y a cependant un trou de plus d'une huitaine de jours dans l'arrivée de notre correspondance.


Dans la soirée, nous recevons l'ordre de changer de cantonnement demain. […] 


 


22 Février - Villers-Helon 


         Toujours un brouillard épais et froid qui retarde la venue du printemps.


Revu ce matin un ancien camarade du Maroc, le capitaine Berton du génie. Il appartient comme nous au 7ème C.A.*


Le lieutenant-colonel m'a fait des compliments du bataillon, et en particulier, de la deuxième compagnie. Ce n'est pas la première fois que la chose se produit; depuis quelque temps, il ne tarit pas en éloges sur le premier bataillon* :" Ce beau bataillon qui a du cran etc, etc". Jusqu'ici, toutes ses faveurs étaient allées au 2ème bataillon, son ancien bataillon; aujourd'hui il s'aperçoit qu'il y a du bon ailleurs et que l'on n'est jamais trahi que par les siens.


Oui, je ne crains pas de l'affirmer, le bataillon est de tout premier ordre: hommes et cadres donnent à plein cœur. Tout le monde fait son devoir et plus que son devoir, sans souci des récompenses. Ce n'est pas le moment de songer à cela. Quand l'ennemi sera bouté hors de France nous pourrons reprendre la question.


Si le bataillon mérite les éloges de son chef de corps, il le doit surtout à la valeur de ses commandants de compagnie.


Les quatre capitaines sont des officiers hors ligne et qui n'ont qu'un défaut; celui d'être trop modestes.


Les nouvelles du théâtre de la guerre sont toujours excellentes: en Champagne surtout ça marche tout à fait bien. Je ne serais pas étonné d'apprendre avant peu que les Boches lâchent pied de ce côté*.


Le divisionnaire est venu voir le colonel, mais il n'a vu personne d'autre.


Reçu aujourd'hui une lettre de mon cousin Paul George, médecin major au 332ème d'infanterie, en réponse à celle que je lui écrivais le  19 décembre dernier.


Le pauvre garçon a été fait prisonnier à Vailly, le 30 octobre à quelques pas de moi. J'ignorais d'ailleurs totalement sa présence dans ces parages. Emmené en captivité à Crefeld sur la frontière hollandaise, il y est resté 3 semaines, après quoi, les Boches l'ont laissé rentrer en France. Il a repris sa place au 332ème et se trouve très près de nous.


Il m'annonce aussi dans sa lettre que nos cousins Kemlin de Frapelle* dont nous étions sans nouvelles depuis le début de la guerre ont été emmenés par les allemands.


Que sont-ils devenus ? Personne ne le sait et toutes les suppositions sont permises.


 


* Corps d’armée  


* Le premier bataillon que commande G. George.


* Le commandant George se fait le reflet de l'optimisme des communiqués de guerre. Il a aussi été influencé par la "culture de guerre" et pour "Allemands" dit souvent "Boches", ce qui n'était pas le cas avant la guerre.


* Frapelle où G George a passé son enfance, est situé dans les Vosges, à la frontière avec l'empire allemand depuis 1871, le village est occupé par l'Allemagne au début de la guerre. 


 


24 février, 1h du matin 


         On vient me réveiller pour me communiquer l'ordre de départ. Nous embarquons aujourd'hui vers midi à Longpont. Je conserve l'ordre par devers moi et laisse dormir mes gens. J'aurai bien le temps de les prévenir au jour.


7h : La 48ème division sera enlevée aujourd'hui en chemin de fer. Le régiment partira en 3 trains. Le 1er enlèvera le 1er bataillon et l'état-major du régiment. Nous quitterons Villers à 10h45.


On arrivant à Longpont, nous apprenons par la gare que notre départ n'a lieu qu'après 15h. L'état-major, une fois de plus, s'est mis le doigt dans l'œil. L'embarquement devait commencer à 13h. C'est exact, mais il y avait une autre heure pour le départ, celle-là on a omis de la lire. Nous avons donc jusqu'à 15h09. Avec nous, s'est embarqué l'état-major de la brigade, de sorte que notre train était archi-bondé.


Au moment du départ, nous ne connaissons pas notre destination définitive, nous savons seulement que l"itinéraire suivi nous fait passer par le  Bourget  et Noisy-le-sec où nous sommes vers 8h15.  […] 


 


Le régiment de tirailleurs marocains  est ensuite emmené dans la région d'Epernay pour participer à l'offensive de printemps  sur le front de Champagne. 


 


5 mars – Juvigny-sur Marne 


         Aucun ordre nous concernant. Vers 9h, on entend une violente canonnade dans la direction de Souain.


Il est probable qu'il s'agit de l'attaque des positions que nous avons reconnues ces jours derniers par les deux divisions du 16ème corps, car la division, la nôtre est maintenue en réserve générale.


Si nous n'avons pas été une fois de plus jetés  en 1ère ligne sur les tranchées boches, nous le devons bien certainement au général Pellé qui veille avec un soin minutieux sur les Marocains.


Grâce à lui, des pertes sensibles nous sont sûrement évitées.


A 14h, le général Delarue, commandant de la 48ème division a passé la revue du régiment près de Juvigny.


Il s'est fait présenter individuellement les officiers, les sous-officiers et les caporaux français de toutes les compagnies. Cette opération a pris un certain temps mais au 1er bataillon, nous avons été libérés assez vite. 


 


10 mars – Saint Remy-sur-Bussy 


         Depuis hier le canon n'arrête pas de tonner dans la direction de Souain et de Perthes-les-Hurlus.  Ca été un roulement continu et toute la nuit qui a redoublé avec le jour. A l'heure où j'écris, 8h30, il n'y a aucun changement. Nous ignorons ce qui se passe en avant de nous. On disait hier que le 16ème corps avait une brigade engagée au Moulin de Souain *que nous avions fait sauter.


10h15. Nous venons de recevoir l'ordre de nous tenir prêts à quitter le cantonnement à 11h45. La division doit remplacer dans ces cantonnements les 1er et 2ème corps d'armée. La 96ème brigade cantonnera à Saint Remy-sur-Bussy.


22h. La marche de cet après midi s'est opérée dans de très mauvaises conditions. Aucune préparation. A chaque instant nous nous sommes trouvés coincés par différentes troupes ou par des convois. Nous avons mis 5h pour faire 13 km.


En cours de route, rencontré deux régiments du 17ème  corps : le 14ème et le 83ème d'infanterie rentrant des tranchées: une vraie débandade. Oh! ce n'était pas beau. Honteux.


Les officiers montés doivent se réunir demain matin au général de brigade pour exécuter une reconnaissance qui pourra  être assez longue, dit l'ordre. On devra se munir d'un repas froid. Il est probable que la troupe fera mouvement également.


Rencontré en passant à Bussy-le-Château, le colonel Borins du 7ème d'infanterie, ex-chef de bataillon au 2ème tirailleurs, nous avons pu causer un instant.   


 


*  Le 10 mars 1915 dans le secteur de Souain, tous les hommes de la 21ème compagnie du 336ème régiment d’infanterie, exténués par plusieurs assauts, refusent d’obéir à l’ordre de sortir des tranchées et d’attaquer à nouveau. Le 16 mars, en conseil de guerre, quatre caporaux sur les six de la compagnie sont condamnés à mort et exécutés le lendemain. Après une longue bataille juridique, ils sont réhabilités en 1933 par une cour spéciale de justice. 


 


Le commandant George écrit encore le 12 mars au soir d’un abri dans le bois de Somme-Tourbe, son buvard rose est resté en place dans son carnet. Le lendemain,  le régiment  monte aux tranchées de premières lignes.


Gustave George est tué au cours de l’attaque du 16 mars 1915 sur la côte 196 à Mesnil-les-Hurlus, un village qui, comme ceux du secteur, a été complètement rayé de la carte au cours de la guerre. Son corps n’a pas été retrouvé. Au cours de cette offensive, le régiment de tirailleurs marocains perd six capitaines ainsi que 1500 hommes qui sont blessés ou tués.


 


 


Date de création : 10/06/2007 @ 23:29
Dernière modification : 19/04/2010 @ 23:29
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Le Projet pédagogique 2005-2006

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